DANS LA RUBRIQUE "REALISATEURS DISPARUS" QU'ON ADORE :
"Mon nom est Leone. "
Leone, Sergio. Il était un temps où s'intéresser à ce personnage faisait figure de mauvais élève. Une réputation ambiguë, des films qui divisaient la critique, là où le public de masse semblait pourtant se retrouver. Parler de Leone, c'était en quelque sorte s'attirer des ennuis.
Aujourd'hui, citer son nom fait tout de suite penser à western, à une brute et à un truand, ou à une histoire se passant dans l'ouest. Même si sa réputation s'est grandement améliorée au cours des années, Leone est resté un personnage à part, tout comme ses films d'ailleurs...
C'est sous le règne de Mussolini qu'il verra ses premiers films. Même si le cinéma à cette époque n'est que cinéma propagande, rappelant les grandeurs de la Rome antique, Leone découvre le cinéma américain, illégalement bien sûr. Des films de gangsters, Humphrey Bogart, et John Ford ventant les mérites d'une Amérique puissante et invincible. Mais lorsque l'Italie est libérée après la guerre, le future réalisateur découvrira une toute autre image des soldats américains. Une image qu'il gardera toute sa vie, une double attitude face à une Amérique qu'il adora et qu'il détestera à la fois. Une attitude qu'il dépeindra parfaitement dans Il Etait une fois dans l'Ouest . On le voit ici, pour Leone, la naissance des Etats-Unis n'est due qu'à la rencontre de 5 personnes : "un vengeur, un bandit romantique, un riche propriétaire, un criminel homme d'affaires et une putain". Coup dur à la sortie du film aux USA, où le mythe du western, cher aux Américains estcomplètement décalé, même ridiculisé. Là où le héros canarde habituellement sur les Indiens, c'est ici l'Indien vengeur qui devient le héros. Là où la femme est généralement représentée comme gardienne des bonnes manières et de la tradition américaine, Leone fait de son unique personnage féminin une ex-prostituée, couchant avec l'homme qui a tué toute sa famille à la première occasion.
Les Américains n'ont pas aimé, les Européens ont adoré, et surtout les Français. Plus de 14, 5 millions d'entrées en France, juste derrière La Grande Vadrouille, numéro 1 à l'époque avec 17 millions.
Nous sommes en 1968, et malgré ce succès monstre les critiques de cinéma se déclarent la guerre. Certains se posent ces questions publiquement : " Il Etait une Fois dans l'Ouest est-il un western ? Est-il même un film ?" alors que d'autres leur répondent tout aussi publiquement dans leurs journaux "Savez-vous ce qu'est un western ? Savez-vous même ce qu'est un film ?". Bref, même si Leone ne met pas tout le monde d'accord, il apparaît évident qu'il fascine. Le critique reste c'est vrai un peu en retrait, mais c'est normal, car le critique c'est celui à qui "on ne la fait pas". Se laisser prendre pendant la projection, d'accord, mais après, il faut redevenir sérieux. Même si l'on peut être séduit par les artifices léoniens, il ne faut pas en être les dupes. Et Leone est le roi dans la technique des artifices. Musqiue très forte, gros pistolets qui n'existaient pas encore à l'époque de l'ouest, personnages symboliques, etc. On considérait ses films comme des sous-westerns, un sous-genre, juste bon à
amuser un public amateur de pop-corn. Leone en était très touché. Pour le grand public en général, il y a 2 types de film. Les films d'art, qu'on montre dans les festivals, et les films populaires. Les premiers sont pour les intellectuels, les seconds...dirons-nous, pour le reste. Ce qui est étrange chez Leone, c'est que ses films qui étaient très populaires possédaient en même temps autant de thèmes que les films dits "d'art". Et pour lui, ses films étaient des films d'art. Différents peut être, ou plutôt pourrait-on dire, à part. Un peu spéciaux. Mais c'était de l'art. Il était un artiste. Tout dans ses films était réfléchi, discuté, soigneusement calculé. Rien n'était laissé au hasard.
C'est pendant la sortie de son film suivant, " Il était une Fois...la Révolution " que les critiques commencent à reconsidérer Leone. On commence même à parler de lui comme d'un "auteur". Etrange, car selon Leone, ce film n'était pas son préféré...Il n'avait pas pu s'exprimer complètement. Par exemple, le nom du film. Il n'y a qu'en France que le film s'appelle comme ça, nom qu'avait originellement choisi Leone. En Amérique il a été rebaptisé Pour une poignée de dynamite (ridicule !) et la superbe séquence de la fin, qui donne toute sa signification au film (on y voit 2 hommes embrasser tour à tour la même femme) a été supprimée. Leone était désespéré mais qu'importe. Il ferait mieux avec son prochain.
Ce prochain là, Leone le tourne en 1983. Il
pense que ce sera son chef-d'oeuvre. Il le prépare depuis 16 ans ! Avec un budget de 40 millions de dollars, Leone arrête définitivement le western pour adapter une oeuvre littéraire : The Hoods , rebaptisée : Il Etait une Fois en Amérique. Robert de Niro aura le premier rôle, il jouera Noodles, un membre important de la mafia juive. Le film est un projet colossal. Des gigantesques décors sont battis pour reconstituer le New York des années 1920 et 1960. À la fin, un film de plus de quatre heures dont Sergio Leone était des plus fiers. Lorsqu'il termine le montage il déclare qu'il avait été satisfait à 90 % avec Il Etait une Fois dans l'Ouest mais qu'avait celui-ci, il était satisfait à 99 %. "Presque parfait".
Mais lorsque le film commence à être remonté aux Etats-Unis, Leone perd les pédales. Le distributeur remonte le film dans l'ordre chronologique (une folie !), le raccourcissent de 2 heures ! pour en faire une "version courte". C'en est trop pour Leone, il commence à faire plusieurs attaques cardiaques successives. Ses proches disent aujourd'hui que ce film l'a tué.
Douze ans après sa mort on est loin de la guerre des critiques qui sévissait encore de son vivant. De Leone il ne restera que sept films, ce qui est une petite filmographie. Considéré aujourd'hui comme l'inventeur du western-spaguetti, il est généralement admit comme un véritable artiste. Depuis Ben-Hur , où déjà, il se faisait remarquer en filmant une certaine course de chars... jusqu'à son grand dernier, Sergio Leone restera sûrement dans les esprits du public encore longtemps. En tout cas, il a sûrement dû rester dans celui de cet étudiant allemand, qui, le jour de l'enterrement de l'artiste à Rome en 1988, brandissait fièrement une pancarte où était inscrite : "John Ford is NOTHING"...
V.G.
D.W. G.
né en janvier 1875, dans le Kentucky, dans une famille
profondément marquée par la guerre de Sécession.
Son père était colonnel de cavalerie pendant cette guerre, et
Griffith grandit donc avec ces histoires héroïques.
Très vite, il eut la passion du théâtre, c'était
un excellent acteur, il faisait des tournées à travers les USA.
Il se maria avec une comédienne, et écrivait sans cesse de nouvelles
pièces de théâtre, et même des poèmes. C'était
un homme de lettre, il passait des heures et des heures à la bibliothèque,
et comme tout homme de lettre à cette époque, il regnait le cinéma
primitif qui n'vait pas encore accompli sa révolution.
Griffith à cette époque était très pauvre. Et un
jour un ami vint le voir et lui dit qu'il pourrait faire ce genre de film, comme
acteur, et qu'il pourrait gagner de l'argent. Et Griffith lui répondit
:
" Je ne suis tout de même pas tombé si bas que je doive travailler
dans le cinéma !".
Il puis finallement il accepta d'écrire une histoire pour le cinéma,
tellement pauvre, mais il accepta parce que les noms des écrivains ne
figuraient pas sur l'affiche. Il écrivit La Tosca, et joua même
un petit rôle, à contre coeur. Il recommenca l'expérience,
et signa plusieurs scénarios pour une maison de production nommée
Biograph.
Au bout d'un moment, on lui dit de passer à la réalisation, il
accepta à contre-coeur.
Il tourna donc The adventures of Dolly , pour un budget de 65 $, et
ce fut le plus grand succès de la compagnie Biograph. Tout le
monde voulait que Griffith en refasse d'autres. Il signa un contrat, en 4 ans,
il réalisa plus de 400 films. Il était devenu un homme riche.
Sa période Biograph était interessante parce que c'est
là qu'il fit pratiquement toutes ses innovations ex : il ne filmait plus
ses acteurs des pieds à la tête, il tournait une même scène
sous plusieurs angles, il découvra qu'un film pouvait contenir 3 ou 4
intrigues, sans que le spectateur s'y perde, il inventa aussi les champs-contre
champs, il travailla sur les effets de suspense.
Il inventa aussi le long métrage en 2 bobines, 2 épisodes projetés
à une semaine d'intervalle. Il enseigna aux acteurs un style de jeu "naturel"
: pas de gestes amples et des mouvements rapides comme au théâtre.
Il disait "Maintenant vous êtes triste, mais non triste, pas malheureux".
Bien sûr il eut énormément de problèmes avec la production,
mais ca ne l'empêcha pas de continuer. Chaque perfectionnement technique
allongeait le temps de tournage. Les producteurs le prennaient pour un illuminé,
un original. Ils ne comprenaient pas pourquoi il voulait faire mieux alors que
ça marchait bien.
Griffith quitta le Biograph en 1913 pour une autre compagnie qui lui
donnerait carte blanche dans la réalisation d'une serperproduction.
La première qu'il réalisa fût en 1914 : c'était Judith
of Bethulia qui couta : 36 000 dollars et qui réquisitionna toute
la compagnie. Ce fut un demi-succès car après beaucoup de problèmes
de financements, il sortit au moment où le marché était
innondé de superproductions.
Et c'estlà que beaucoup vont comprendre et Griffith le 1er, que l'avenir
du cinéma résidait dans les grands films, à gros budgets.
NAISSANCE D'UNE NATION, 1915
Birth of a Nation est un film assez incroyable, puisque
c'est la version personnelle de Griffith au sujet de la guerre de Sécession.
Mais pourtant, le film est d'une fidélité histoirque énorme,
Griffith étant un obsesionnel du détail historique.
Ce sera une superproduction, avec des batailles, des grands décors, etc.
Toutes les scènes furent en tournées en une fois, sauf une. Griffith
répétait beaucoup.
Il y eu d'énorme problème de financement : "Griffith disait
aux acteurs : si nous ne tournons pas cette scène aujourd'hui, ce n'est
pas sur qu'on la tournera demain".
300 à 500 figurants, utilisation de la couleur (le rouge) pour accentué
le côté dramatique.
Une novation : un trou sur la route à l'endroit où passaient les
chevaux, (contre plongée)
Griffith travailla 3 mois au montage (très long), il faisait d'autres
courts-métrages le jour et travaillait sur The Birth la nuit.
Beaucoup d'éloge dans la scène de bataille : un célébre
critique a écrit "La plus belle chose que j'aie vue au cinéma,
c'est la grande scène de bataille filmée par D.W. Griffith".
Oeuvre révolutionnaire dans l'utilisation de la musique : Griffith a
travaillé des semaines avec les musiciens pour trouver le bon accompagnement.
The birth a couté : 91 000 $ .
Tout le monde était pessimiste sur sa rentabilité : il fallait
qu'il gagne 250 000 $, ce qui ne s'était encore jamais vu.
Àvant la fin de l'année, rien qu'à New York, il en avait
ramassé 4 000 000 de $
Il a été projetté dans toute l'Amérique sans interruption
pendant 12 ans.
25 000 000 d'Américains l'ont vu.
C'était devenu le plus grans succès de toute l'histoire du cinéma.
Recette totale : 100 millions de $
Le 1er film a duré plus de 2 heures (2h40), le 1er a avoir 2 séances
par jour dans un vrai théâtre.
Eloges fusuent de toute part : "c'est l'oeuvre la plus riche, la lus noble,
la plus grande jamaois réalisée".
Pour la petite histoire : il y avait à cette époque un homme qui
dirigeais d'une chaîne de cinéma. Il s'appelait Louis Mayer ET
Il était en faillite. The birth est passé, il est devenu
très riche, et a fondé la Métro-Goldwin-Mayer.
Je ne vous parlerais pas du racisme supposé du film. Beaucoup ont dit
qu'il était raciste envers les noirs, beaucoup ont dit le contraire.
Il y a eu un débat pendant de longues années.
Griffith n'avait pas l'air d'être quelqu'un de raciste, au contraire.
On retrouve partout dans les écrits qu'il était très choqué
lorsque l'on parlait de ce racisme dans The Birth.
Quoiqu'il en soit, Griffith est à cette époque le dieu d'Hollywood,
et compte bien utiliser ce statut privilégié à bon essient.
INTOLERANCE
Après Naissance d'une Nation, Lillian Gish,
une actrive avec qui il travailla beaucoup lui demanda quel était son
futur projet ; et Griffith lui répondit : "Ne vous-ai-je pas déjà
dit que je construirai Babylone pour vous ?"
Et c'est ce qu'il va faire. Il avait un budget presque illimité : 700
hommes vont construire le décor de Babylone sur Sunset Boulevard, un
immense décor visible à des kms à la ronde.
Le film mèle 4 histoires parallèles, 4 histoires qui dénoncent
l'intolérance ; l'histoire d'un jeune homme accusé d'un crime
qu'il n'a pas commis, la vie du Christ, le massacre de Saint Barthélémy,
et bien sûr la prise de la grande Babylone par les armées de Cyrus.
Et donc pour tout ça, il a fallu construire les décors : dont
la grande salle du trône des Médicis, avec les tapisseries, les
gigantesques rideaux, les mosaïques ; et mêmes certaines rues pavées
de Paris, alors au XVIe siècle.
Alors Intolérance, c'est un monument. C'est sans aucun doute, la première
gigantesque super-production de l'histoire du cinéma américain.
Bien plus que Naissance d'une Nation.
Comparons :
- Budget Birth : 91 000 $
- Budget Intolérance : 1 million neuf cent mille $ soit 20 fois +. Le
reccord pendant bons nombres d'années.
- 5-6 mois pour faire The Birth
- 20 mois pour finir Intolérance
- figurants Birth : entre 300 et 500
- figurants Intolérance : 4000 (Titanic, c'est 500 fiurants)
- 1er montage de Birth : 2h40
- 1er montage d'Intolérance : 8h00 (il en avait des choses à
dire)
Et aussi beaucoup à montrer, parce que c'est sans doute dans ce film,
que Griffith atteint un niveau de technique extraordinaire pour l'époque.
C'est sur Intolérance qu'il a créé un des plus fabuleux
effets de cinéma : avec une grue, il fait bouger sa caméra sur
400 mètres : survole la foule, avant de redescendre au niveau du sol.
C'est un plan incroyable quand on repense qu'à cette époque, voir
un simple travelling, c'était déjà quelque chose. Le cinéma
était extrêmement statique.
Pourtant Intolérance ne marche pas, et c'est même un échec.
Le film fût tronqué de près de 4h30 heures, et le film ne
fut jamais projetté dans sa version intégrale, perdant toute la
richesse de sa complexité d'origine. Il eut un énorme succès
'critique'
Griffith était sans doute trop en avance sur son temps : le public n'était
pas près à suivre au sein d'un même film 4 histoires séparées,
la fin était trop rapide, les plans trop secs. Les spectateurs disaient
avoir mal aux yeux.
L'autre cause d'échec, est qu'il est sorti au moment où les USA
se préparaient à la guerre, les gens ne s'interessait vraiment
pas au message du film. D'ailleurs il fut interdit dans beaucoup de grandes
villes, là encore, ça limite le nombre potentiel d'entrées.
Pourtant, il eût un très grand succès en Russie, restant
sans interruption à l'affiche pendant plus de 10 ans, rapportant des
millions de dollars.
Lénine invita même Griffih à venir le retrouver à
Moscou.
Einseintein a dit de ce film : "que Intolérance était devenu
le manuel de base de tout le cinéma soviétique". Mais il
fut aussi aimé par de nombreuses personnalités comme : Churchill,
H.G. Wells, etc.
Intolérance devait être son monument, mais pour tout un tas de
mauvaises raisons, il ne le fût pas. Ce qui n'empêcha pas Griffith
de continuer une carrière déjà bien remplie.
LA SUITE...
Griffith mourut en 1948 dans un anonyma et l'oubli complet. Sa compagnie avait
fait fallite, à une vente aux enchères il avait acheter les droits
d e vingt et un de ses films pour 500 dollars seulement.
Il s'était arrêté de tourner en 1931. Depuis Intolérance,
il avait fait 25 longs métrages.
Tous ne sont bien sûr pas des chefs d'oeuvres, mais il y a deux films
qu'il faut retenir : Le pauvre amour et bien sûr Le lys brisé,
a ce qui paraît un pur chef d'oeuvre, adoré par beaucoup d'artistes,
notament Scorsese et Kurasawa qui disait que c'était le plus beau film
qu'il a vait vu de toute sa vie.
En 1919, Griffith fonde la United Artist, avec Chaplin, Mary Pickford, et Douglas
Fairbanks, compagnie qui existe toujours aujourd'hui.
En 1936, Griffith reçoit l'unique Oscar de sa carrière, dans la
catégorie 'Mention Spéciale' qui incistait sur ses innovations
qui avaient servi de base à l'industrie du cinéma'.
Enfin pour terminer, j'aimerai lire cette sitation de Griffith : "on a
oublié ce que c'est que le mouvement. Un film doit être un mouvement
de l'image. Tout aujourd'hui est complètement statique et lent."
V.G.