L'Iris, c'est une petite aventure de lycéens qui lisaient chaque numéro de Positif, des Cahiers du Cinéma, et qui ont soudainement eu l'envie de jouer aux critiques.

Une bande de copains : Rulia Parandi, Xavier Robert, Antoine qui regardaient beaucoup de films, et qui ont eu envie de parler de ceux qu'ils aimaient. Faute d'être distribué à travers toute la France, le territoire sera réduit aux enceintes du lycée, mais un lycée avec option CINEMA-AUDIOVISUEL tout de même, et donc, supposé être intéressé par le cinéma.

En plus des petites critiques sur les films qui sortaient à cette époque, mon rôle était d'écrire sur un film plus vieux, un classique en somme, et de donner l'envie aux autres de le revoir...en dvd (qui à l'époque, était la grande nouveauté...

Egalement chaque trimestre, un scénario de court-métrage devait être écrit : la consigne était simple : "ne pensez pas au budget, pensez juste au temps, et écrivez en fonction..."

Enfin, une petite filmo sur un personnage célèbre, ceux que nous aimions en fin de chaque numéro...

Voici une de mes critiques, et un de mes scénarios. Ces deux là êtaient parus à l'époque dans le premier numéro...

Et pour le souvenir, ma petite filmo sur Sergio Leone..., sur Griffith, et mon analyse d'Il Etait une fois dans l'Ouest

 

FILMS A DECOUVRIR...

   C'était avant Alerte !, avant L'Histoire sans Fin,  et surtout avant Air Force One . Nous sommes en 1981, et à cette époque le réalisateur allemand Wofgang Petersen est en train de réaliser son oeuvre majeure : Das Boot.   En Français, Le Bateau . Il a un budget de 15 millions de dollars, il n'est pas payé mais ses 175 jours de tournage s'avéreront profitables.

   À l'origine, la télé allemande voulait en faire une version de 6 heures, découpée en plusieurs épisodes, mais la qualité fut telle, qu'il fallait bien en faire un film. Lorsqu'il sort en 1981, il est d'une durée de 2H30, beaucoup plus consacré sur l'action. En 1997, une version spéciale, celle du "Director's cut" est commercialisée. Le film est entièrement restauré, image par image, le son est retravaillé numériquement, des scènes coupées sont rajoutées. Et le film y gagne largement car c'est avec cette dernière version que l'on découvre enfin le destin incroyable de ces marins.

Tourné de façon très réaliste, le film nous fait pénétrer dans cette atmosphère puante et morbide qui régnait dans les vieux U-boat, et c'est avec une impuissance totale que l'on se retrouve projeté dans ce monde de l'ombre, sous lumière tamisée et respirateur artificiel. À travers les rencontres du commandant, du journaliste-reporter et de bien d'autres personnes, on y voit leur vie, dans tous ce qu'il y a de plus banal, de plus cruel, de plus dégoûtant. On participe à leur attente, à leur peur constante d'être entendu par un torpilleur ennemi, à leurs frayeurs lors des bombardements...

La Wehrmacht a longtemps venté la discipline et le courage de ses sous-mariniers. Ici, on ne voit que des hommes. Dans leurs moments les plus grands, et dans leurs moments les plus vils. D'ailleurs, il est intéressant de constater que ces hommes sont tous nazis, ce qui n'empêche pas les spectateurs de s'identifier à eux, de partager leurs émotions, et d'espérer qu'ils s'en sortiront vivants.

Au début, le film devait être réalisé par Hollywood. Les producteurs allemands avaient besoin de beaucoup de moyens et d'une grande distribution. Robert Redford et Paul Newman étaient de la   partie mais le commandant Buchheim, le vrai, celui qui était à bord à l'époque, n'était pas d'accord avec les Américains qui avaient changé l'histoire. De plus, la production connaissait beaucoup de problèmes techniques et finalement le projet fut abandonné.


Le film fut donc tourné aux studios Bavaria, avec des acteurs allemands et en langue allemande. La présence continuelle du commandant Buccheim, permit à la production de faire dans le grand réalisme. Tourné dans l'ordre chronologique, on voit ainsi les barbes des hommes pousser petit à petit ; leurs visages se creuser sous le poids de la tension permanente et du manque de nourriture. À sa sortie en Allemagne, malgré sa qualité indéniable, les critiques ont massacrées le film, et pour une unique raison : les héros étaient nazis. "Ce sont des monstres, et il est interdit de présenter nos soldats comme des êtres humains" n'arrêtait pas de dire la critique. Le public, lui, a aimé. Lorsque le film est présenté par toute l'équipe à Hollywood, c'est la panique. Dès les premières images, il est écrit : "sur 40 000 sous-mariniers allemands, seulement 10 000 retourneront chez eux". La réaction des critiques américains est simple, applaudissements et cris de joie. L'équipe du film commence alors à se faire toute petite. Pourtant, à la fin de la projection, malgré la présence d'une forte communauté juive, on crie au chef-d'oeuvre. Le succès est donc critique et public aux Etats-Unis comme presque partout ailleurs dans le monde.

Pourtant, cette version est beaucoup moins puissante que le director's cut. On pourrait penser qu'un film historique de 3 heures, de plus, une histoire vraie scrupuleusement respectée (sauf la dernière minute de fin), se passant à 90 % dans les entrailles d'un sous-marins aurait de quoi ennuyer. Il n'en est pourtant rien et là est le tour de force de W. Petersen. C'est même avec passion que l'on regarde cette version longue, claustrophobe en puissance tellement (et je parle par expérience sans exagération) on a besoin d'aller respirer un air bien frais après la première projection. Avec plusieurs séquences remarquables (celle du pétrolier, celle du cache-cache, de l'alerte et biensûr la fin et un peu avant...) ce film est un chef d'oeuvre du film de guerre. Un film poignant, spectaculaire et intimiste tout à la fois, à regarder au plus vite et d'une seule traite...(un conseil : mieux vaut le voir en DVD où la qualité sonore est irréprochable. De plus, est présent un court making of et les commentaires du réalisateur, qui sont très intéressants à bien des égards...)

                                                                                                                               V.G.

- Ecrit réalisé par Wofgang Petersen

- Avec : Jürgen Prochnow, Herbert Grönenemeyer, Klaus Wennemann, Hubertus Bengsch

- Musique : Klaus Doldinger

- Produit par Ortwin Freyermuth

- Durée : 3h16 - Année : 1981 ; 1997 pour le director's cut

 

Pour plus d'infos dasboot.com

 

 

SCENARIO...

                                           

                                                                       'La Faucheuse'

 

1. INT - CABINE DU CAPITAINE - CREPUSCULE

La pièce en bois n'est illuminée que par la maigre flamme provenant de la bougie, posée sur la table en piteux état. Malgré le tangage violent du bateau, le capitaine écrit son dernier mot dans son journal de bord. L'écriture à la plume est d'une propreté exemplaire. On peut lire la date : 18 septembre 1603. Après avoir poussé un soupir de découragement,   il referme   son journal précautionneusement et l'enferme à clef dans le tiroir situé sous la table.

Puis il se lève, et malgré sa respiration difficile et le tangage incessant du bateau, il sort de sa cabine. À peine est-il arrivé dehors que la porte se claque violemment sous l'effet du vent. Le capitaine s'agrippe à une des rambardes de sécurité, reçoit une rafale d'embruns dans sa barbe de quelques semaines et sort de son vêtement une lunette qu'il porte immédiatement à son oeil droit. Après avoir scruté la mer en colère un homme arrive derrière lui.

                                                                          HOMME

                              Alors capitaine ?

                                                                  CAPITAINE

                              Toujours rien. Pas une once de terre...

L'homme laisse échapper un visage de désespoir que le capitaine ne voit pas, tellement occupé à regarder l'océan.

                                                                          CAPITAINE

                                            (presque imperceptible)

                                            Désolé.

Il se dirige alors vers le pont principal. Devant lui, se dresse tout son bateau en avarie, brisant les vagues de plus de 2 mètres, essayant désespérément de se frayer un chemin au sein des éléments déchaînés. Après avoir jeté un coup d'oeil sur ses hommes, tentant désespérément de chasser l'eau qui arrive sur le pont toutes les cinq secondes, il regarde d'un air grave mais à la fois triste, en direction du mât principal. On ne sait pas si ce sont des larmes, où bien des restes d'embruns projetés auparavant contre son visage abîmé. Mais à la vision de cette fille, enchaînée contre le mât, les bras écartés, telle une figure christique, le capitaine se fige quelques instants, respirant encore plus mal que d'habitude. Lorsqu'une grosse vague vient se projeter par dessus bord, le frappant de plein fouet, ses mains se détachent de la barre de sécurité et le capitaine s'enferme alors dans sa cabine.

 

2. EXT - OCEAN - NUIT

On voit la bateau glisser sur une mer d'huile. La tempête est finie, la grande voile est hissée. 'La faucheuse' continue sa route en silence. Seul les hurlements d'une jeune fille viennent briser le calme de cette nuit sans lune.

 

3. INT - SUR LE PONT - NUIT

La fille a ses pieds détachés du mât. Autour d'elle, les hommes sont rassemblés, en train de l'injurier. L'un d'entre eux, le plus costaud est en train de la violer. Plus elle pleure, plus il montre son plaisir. Plus elle hurle, plus les autres lèvent les bras vers le ciel en signe de victoire.

Mais lorsqu'une ombre apparaît les cris commencent à cesser, les visages se tournent tous vers le même endroit. Même le costaud arrête et se retourne pour voir ce qui provoque ce tel changement d'ambiance. Le capitaine est dressé face à lui, le regard très dur.                                                              

                                                                          CAPITAINE

                                                                (ton neutre)

                              J'avais dit qu'on la laisse tranquille.

                                                                          LE COSTAUD

                              Mais c'est que...

Le capitaine pose alors son doigt sur sa bouche et laisse échapper un 'chuut'.

Puis il regarde les autres hommes et dit :

                                                                          CAPITAINE

                                                                 (ton neutre)

                              Qu'on enferme Janosh dans les cales.

Personne ne bouge. Le capitaine regarde deux hommes à côtés de lui et leur crie :

                                                                          CAPITAINE

                              Exécution !

Les deux hommes prennent alors le costaud par le bras et l'emmène en jurant vers les cales.

Puis les hommes s'éloignent et le capitaine reste seul en face de la fille dont les pieds sont restés détachés.

Elle a les cheveux longs noirs et malgré les bleus sur son visage et sur son corps presque dénudé, elle est tout simplement superbe. Une vraie beauté, une vraie déesse.

Le capitaine recommence   à mal respirer lorsqu'il s'approche d'elle.

                                                                   CAPITAINE

                                              (parlant d'une faible voix)

                              Mais qui es-tu ? ...Bien sûr tu ne parles pas notre langue.

Tu aurais mieux fais de périr en mer avant que ces barbares ne te repêchent. ...

Sa main touche son corps meurtrit. Il touche le bout de tissu qui retient sa poitrine. Il hésite mais préfère le remettre à sa place. Ses yeux, d'un marron foncé, illuminés par la torche, n'arrêtent pas de fixer le capitaine qui évite de la regarder dans les yeux, tellement il est gêné.

                                                                          FILLE

                                                           (très faiblement)

                              Kinema...

                                                             CAPITAINE

                                            (la regardant fixement)

                              Je suis désolé ! Mais je ne peux rien faire pour t'aider.

                              Mon équipage est au bord de la famine, je sens la révolte

gronder dans leurs entrailles. Je risque la pendaison à    chaque instant...

                                                                          FILLE

                              ...Kinema...

                                                             CAPITAINE

                              Ils te prennent pour une sorcière. Ils pensent que cette

                              tempête était de ta faute ! J'espère seulement qu'il n'y

                              en aura pas une autre, sinon...Dieu seul sait ce qu'ils

                              te feront subir.

Il la fixe des yeux. Sa main s'approche des cordes qui lui serrent sa main. À cet instant leurs visages sont très proches. La fille le regarde droit dans les yeux.                                                                     

                                                                          FILLE

                                                           (en murmurant)

                              Kinema...

                                                             CAPITAINE

                                                           (après un instant)

                              Je donnerais cher pour savoir qui tu es.

La main du capitaine commence à tirer sur le bout de la corde ce qui a pour effet de libérer un peu le bras de la fille. Mais à cet instant deux marins arrivent.

                                                                          MARIN 1

                              Faîtes attention, capitaine. Ne regardez pas trop cette fille là.

                              Elle ensorcelle les gens, capitaine.

Le capitaine recommence à mal respirer. Le marin s'approche de la fille et lui rattache solidement ses jambes au mât.

                                                                          MARIN 2

                              Venez capitaine. Vos problèmes de respirations se réveillent.

                              J'vais vous raccompagnez à votre cabine.

Le marin le prend par l'épaule et le capitaine s'en va laissant la fille seule sur le pont.

 

4. EXT - OCEAN - NUIT

Le bateau continue son chemin sur une mer plate. Au loin dans le ciel, un éclair apparaît suivit de plusieurs grondements.

 

5. INT - CABINE DU CAPITAINE - JOUR

Le capitaine est en train de dormir sur sa couchette. Soudain, un hurlement de femme éclate. Le capitaine se lève alors brusquement puis se dirige en courant sur le pont. Devant lui, il voit la fille détachée du mât, agrippée au-dessus de l'épaule de Janosh, son regard porté sur les couteaux des marins qu'ils brandissent à quelques centimètres de son visage.

En voyant cela, le capitaine, fou de rage s'apprête à aller vers l'équipage mais 2 de ses marins le retiennent.

                                                                          MARIN 1

                              Non, capitaine ! Ne faîtes pas ça !

                                                                          MARIN 2

                              Capitaine, la tempête de cette nuit nous a fait perdre toute

                              la cargaison ! Ils vont s'en débarrasser.

                                                                          CAPITAINE

                              C'est encore moi qui commande ici !

                                                                          MARIN 1

                              Capitaine, si vous ne voulez pas finir comme elle, ne

                              faîtes rien, j'vous en conjure !

Le capitaine recommence à respirer difficilement. Janosh se tourne alors vers lui, dépose la fille à terre.

                                                                            JANOSH

                              Alors capitaine, une objection peut être !?

Le capitaine le regarde durement. Janosh sourit de toute ses dents en regardant les hommes du bateau qui commencent à crier et à lever les bras en l'air.

                                                                          UN DES MARINS

                              Oui, débarrassons-nous de cette sorcière !

Les autres crient de plus belle. La fille pousse un hurlement. Janosh la fait taire en la frappant au visage de son poing serré.

Alors, un des marins lui accroche une chaîne rouillée de plusieurs mètres au pied sur laquelle sont fixés plusieurs boulets de canon prêts à être jetés par dessus bord.

La fille qui vient de comprendre sa situation désespérée recommence à pousser des hurlements hystériques et à s'agripper au mât.

Le capitaine fait quelques pas en avant dans le but d'aller la secourir mais les 2 marins les retiennent.

                                                                             MARIN 1

                              Vous aussi capitaine. Elle vous a ensorcelé. Il faut en finir

                              avec elle. Si l'on veut retrouver la terre...

Le capitaine sert les dents en entendant les cris. Il respire très difficilement, s'accroche à la barre et fixe la fille enchaînée.

C'est alors que Janosh pousse les boulets par dessus bord. Immédiatement la chaîne part vers la mer. Quelques secondes plus tard, lorsque la chaîne est complètement tendue la fille est propulsée vers tribord à une vitesse fulgurante et rejoint les profondeurs en poussant des hurlements.Puis les hurlements cessent.

Ce sont désormais les hommes qui poussent des cris de joie et congratulent Janosh en jurant.

Le capitaine jette un regard derrière lui, là où la fille est tombée. Il ne reste plus que des remous mélangé à des bulles d'oxygène.

Le capitaine tente de reprendre un visage normal, de faire disparâitre sa haine, de redevenir normal face à ses hommes.

'La faucheuse' déploie alors sa grande voile et continue son périple sur une mer de marbre.

 

V.G.